A Champigny, la géothermie conforte son retour dans le giron public

Par François Cocq, Président de l’EPCG
Adjoint-au-maire de Champigny-sur-Marne

François Cocq

Le conseil d’administration de l’établissement public campinois de géothermie (EPCG) qui s’est tenu jeudi 18 février 2016 a acté la fin de la délégation de service public (DSP) à l’échéance de celle-ci au 31 août 2016 et la reprise en main, en régie, de la gestion du réseau par la puissance publique.

En 2011, Champigny-sur-Marne avait en effet créé l’EPCG pour gérer le réseau de chaleur de  près de 7200  logements situé à cheval sur les villes de Champigny-sur-Marne (quartiers des Mordacs et du Bois-l’Abbé) et de Chennevières-sur-Marne. La DSP alors en cours avait à l’époque dû être poursuivie.

A compter du 1er septembre 2016, ce sera désormais l’EPCG qui reprendra à son compte la gestion directe de ce réseau de chaleur en récupérant notamment la fourniture d’énergie électrique, une part de l’entretien de la centrale et, surtout, la gestion des abonnements et la facturation aux usagers. Un contrat d’exploitation sera lancé pour assurer les aspects industriels.

Il y a 30 ans, la création du réseau de chaleur de Champigny, dans le haut de la ville, était déjà le fruit d’un engagement public volontariste. Depuis, cette démarche a prouvé son efficacité écologique et sociale : ce sont ainsi 16 200 tonnes de CO2 qui sont économisées chaque année (équivalent de 11 500 véhicules) avec un prix de l’énergie défiant toute concurrence à 50€ du MWh.

Fort de cette expérience, l’EPCG prolonge ainsi la réappropriation du bien commun par la puissance publique, en reprenant réellement à son compte la gestion du réseau existant mais aussi en s’engageant pleinement vers la construction d’un second réseau de chaleur avec un nouveau puits de géothermie sur le bas de la ville (quartiers Stalingrad et de la future gare du centre). Là encore, la modernité sera que celui-ci sera 100% public et répondra donc au plus près à l’intérêt des usagers (rapport qualité/prix), sans que l’argent des usagers et de la ville ne soit dilapidé pour rétribuer les actionnaires.

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A Alfortville, la privatisation de l’école publique est en marche

Luc Carvounas est bien le dépeceur du bien public !
Le sénateur-maire vient d’engager les écoles d’Alfortville dans la faille béante que la réforme Vincent Peillon avait ouverte : à Alfortville, dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires, les activités périscolaires seront sous-traitées !

Cette externalisation n’est rien moins qu’une privatisation déguisée de l’école.
En lançant un marché public dont l’édile évoque étonnamment le lauréat avant même qu’il ait été ouvert, Luc Carvounas désengage la puissance publique de l’accueil des enfants sur le temps périscolaire. Demain, dans le monde selon Carvounas, le privé pourra très bien supplanter l’associatif qui a lui-même supplanté le public pour prendre en charge les enfants. Quand on voit la porosité induite par la réforme Peillon entre le temps scolaire et le temps périscolaire, les apprentis sorciers solfériniens s’apprêtent à vendre l’école publique à la découpe.

Pour le Parti de Gauche du Val-de-Marne, la réforme Peillon, pour nécessaire qu’elle soit, doit être abrogée car elle contient les germes qui permettront de fracasser le cadre républicain comme l’y a encore invité le Président de la République lors de sa conférence de presse du 14 janvier. Luc Carvounas, en se réfugiant derrière la contrainte financière qui l’empêcherait de mettre en œuvre la réforme des rythmes à travers le service public, vient d’en donner scandaleusement la preuve.

Le 23 mars prochain, le refus de la privatisation de l’école par Luc Carvounas s’exprimera à Alfortville avec le bulletin de vote de la liste « Osons l’autre gauche » conduite par Nathalie Levallois.

Fait à Limeil-Brévannes, le 15 janvier 2015

Delphine Fenasse et Sébastien Baudouin, Co-secrétaires du Parti de Gauche du Val-de-Marne
pg94@lepartidegauche.fr

Pour l’école, François Hollande peut mieux faire

François Cocq, secrétaire national du Parti de Gauche à l’éducation, au service public et à la formation

Par François Cocq, secrétaire national du Parti de Gauche.

En matière d’éducation, force est de constater que la campagne présidentielle nous a laissés sur notre faim. Si les semaines écoulées ont permis de rejeter les politiques sarkozystes, la proposition de créer 60 000 postes dans l’Education nationale a dans le même temps exonéré François Hollande de présenter un projet éducatif global. Il subsiste donc des interrogations sur la nature profonde de la «refondation» qu’il entend engager pour l’école.

Le discours sur l’éducation livré par le nouveau président lors de sa journée d’investiture a malgré tout précisé la pensée que nous avions vu se dessiner en creux dans ses discours. Certaines formules prononcées le 15 mai témoignent ainsi de ruptures profondes avec l’héritage de l’humanisme universaliste et rejoignent quelques jalons posés pendant sa campagne.

Ainsi, l’égalité des chances a été réaffirmée comme pierre angulaire du système éducatif. Loin du consensus des bien-pensants, il faut mesurer que l’égalité des chances fait reposer sur chaque enfant, sur chaque jeune, sur chaque famille, la responsabilité de l’échec ou de la réussite d’une scolarité. L’égalité des chances, non contente de nier la profondeur des inégalités sociales, instille le venin de l’individualisme et de la compétition. C’est cette idée même qui permet aux libéraux de prôner le chèque éducation ou l’augmentation des frais d’inscription à l’université. Elle appelle à sa suite la promotion de quelques-uns pour se donner bonne conscience et mieux s’exonérer de la réussite de toutes et tous. François Hollande proposait en ce sens, le 4 mars, que 5 % à 6 % des jeunes des quartiers dits «populaires» aient accès aux grandes écoles sans se soucier des 95 autres pourcents. Dès lors, le pas fut vite franchi par le nouveau président de la République, qui en a déduit, lors de son investiture, que l’école devait être celle du «mérite». Alors même que la société méritocratique a montré qu’elle était en bout de course, c’est elle qui serait à nouveau le levier de la démocratisation?

La deuxième césure est intimement liée à la première: qui apprend quoi à l’école? François Hollande, dans le prolongement de la loi d’orientation Fillon de 2005, estime qu’un socle commun minimaliste et utilitariste satisferait largement les ambitions d’une plèbe dévolue aux tâches d’exécution quand les programmes seraient réservés aux quelques autres afin d’assurer dans un marché du travail idéalisé les tâches de conception. Le nouveau ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon, propose ainsi d’instituer un «conseil national du socle et des programmes» qui entérine la distinction entre les deux. La gauche ne saurait au contraire renier le fait que tous les enfants sont capables d’apprendre les mêmes choses pour peu qu’on en donne à l’école les moyens. Ce n’est pas une petite affaire. Celui ou celle qui renonce à la perfectibilité constante de l’être humain de fait change de camp!

Reste la question de la mise en œuvre. Celle-ci n’est pas que technique, bien au contraire, dès lors qu’elle engage l’égalité entre les élèves et entre les territoires et qu’elle remet en cause le cadre national. Celui-ci a beau avoir été réaffirmé le 15 mai, il semble difficilement conciliable avec l’«autonomie pédagogique» portée par le candidat. Celle-ci existe déjà et se nomme «liberté pédagogique». S’il faut en changer le nom, c’est que la surface qu’elle recouvre change aussi. C’est donc bien l’autonomie des établissements qui est visée. Cette dernière est en effet le complément indispensable à la volonté exprimée par François Hollande le 17 février devant la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) de passer par-dessus bord la carte scolaire en instituant un choix pour les familles entre plusieurs établissements. Mais qui a le choix au final? Ne sait-on pas que ce sont les établissements qui au final décident dans ces circonstances? La mixité sociale serait ainsi sacrifiée sur l’autel de la concurrence libre et non faussée qui s’appliquerait alors entre les établissements et au final entre les élèves.

Il n’est pas d’autel qui vaille à l’école de la République, pas d’arrangement avec les règles qui président à la vie commune qui puisse être accepté. Le refus annoncé par Vincent Peillon d’abroger la loi Carle qui permet le financement des écoles privées (à 95 % confessionnelles) par des fonds publics est une pierre jetée dans le jardin de la laïcité. Que diable: parce que l’école publique est l’école de tous, les fonds publics doivent aller à l’école publique!

Ces quelques éléments, échappés d’un débat qui n’a jamais existé, structurent profondément la «refondation de l’école de la République».  Ils ont permis à François Hollande le 15 mai de faire de l’école tout à la fois un droit et un devoir. C’est une hérésie de les mettre sur le même plan. Les droits sont par nature universels. Ils sont l’héritage de la pensée des Lumières et les acquis des luttes du camp progressiste et de la classe ouvrière. Ils n’appellent aucune compensation, aucun devoir en échange car les devoirs sont eux rattachés à la personne. Le retour de la gauche au pouvoir ne saurait commencer par le renoncement ainsi exprimé de refonder une école qui soit celle de la réussite de toutes et tous.

Article publié sur le site de Mediapart le 22 mai 2012 – lire article sur le site Mediapart

L’autonomie : une gestion libérale pour une Ecole à deux vitesses

A l’image des médecins du Malade imaginaire de Molière préconisant la saignée pour tout remède, les Diafoirus du système éducatif crient dans un réflexe pavlovien « autonomie ! » dès que l’on parle Ecole. L’autonomie de l’université promue par la loi LRU du 10 août 2007 ne représentait que le galop d’essai : ce sont maintenant le primaire et le secondaire qui sont dans la ligne de mire !

Le 12 janvier, Christian Nique, en charge d’une première évaluation de six mois du dispositif CLAIR (collèges et lycées pour l’innovation, l’ambition et la réussite) mis en œuvre dans 105 établissements, s’est ainsi empressé d’annoncer la généralisation de celui-ci à 249 collèges et 1725 écoles pour la prochaine rentrée. Au programme : recrutement des enseignants « sur profil », contrat d’objectif pour l’établissement, pluri-disciplinarité pour les professeurs, mutualisation des enseignants entre le primaire et le privé, latitude laissée dans la DHG (dotation horaire globale) pour aménager le temps scolaire et les enseignements eux-mêmes ! Soyons clairs justement : cette manœuvre ne vise rien moins que lancer à grande échelle l’autonomie des établissements. Avec tout ce qu’elle porte en elle comme atteintes à l’Ecole de la République.

L’autonomie signifie d’abord mise en concurrence des établissements scolaires, en parfaite cohérence avec la suppression de la carte scolaire : la liberté d’inscrire ses enfants dans l’établissement de son choix sera dès lors reconnue aux parents. Perspective totalement illusoire, car la logique de cette disposition aboutira nécessairement à une inversion radicale : ce seront in fine les établissements (une partie de ceux bénéficiant initialement d’avantages comparatifs) qui choisiront leurs élèves, tandis que les autres en seront réduits à accueillir les élèves non désirés ou pour qui il sera trop difficile de s’extraire de leur enracinement territorial ou de leur appartenance sociale. Dans le même temps, force est de constater les avantages toujours plus nombreux concédés à l’enseignement privé (à 95% confessionnel) qui se prépare à s’attaquer avec voracité à ce grand marché des établissements qui lui est offert sur un plateau.

La volonté d’octroyer des pouvoirs accrus aux chefs d’établissements vise quant à elle à les transformer en chefs d’entreprise, notamment en matière de gestion des personnels et du déroulement de leurs carrières. Tout cela au mépris des statuts comme le confirme la récente sortie de Christian Jacob. La possibilité de recruter et de mettre à pied les personnels viendrait couronner le nouvel édifice au nom du tropisme d’une gestion managériale parée de toutes les vertus.

Le renforcement de l’autonomie favorise également l’ingérence des pouvoirs locaux et des intérêts privés (élus, chefs d’entreprise et notables de tous ordres) dans le fonctionnement de l’Ecole. C’est aller à rebours d’une évolution séculaire : l’institution scolaire s’est construite par une mise à distance salutaire de toute forme de pressions d’ordre consumériste et des agissements clientélistes de féodalités locales. Mise à distance qui signifiait la prise en considération prioritaire de l’intérêt général au détriment des revendications particularistes et privées que ces intrusions induisent de fait.

Les incidences dans le domaine pédagogique ne sont pas moindres. Le but recherché est le démantèlement du cadre national qui structure jusqu’à présent notre système éducatif, et ce en dépit des entorses qui lui ont été faites au cours des dernières années : programmes et examens nationaux, modalités de recrutement des enseignants. La réussite à un concours accorde aux professeurs un statut protecteur indispensable à un exercice empreint de sérénité de leurs fonctions. C’est précisément ce statut, qui est la garantie du service public et donc de l’intérêt général, que l’on cherche à rogner méthodiquement par tous les moyens.

Se dessine un nouveau mode de gestion fondé sur la généralisation de la contractualisation, dont dépendrait l’allocation des moyens mis à disposition des établissements. Ces moyens seraient fonction de la réalisation de contrats d’objectifs déterminés de gré à gré avec les autorités hiérarchiques en contrepartie d’une obligation de résultats. Les effets pervers attendus ne sont pas très difficiles à décrypter. Le système favorisera par effet cumulatif les établissements les mieux lotis qui seront en capacité d’atteindre aisément leurs objectifs, offrant par ce biais le cadre idéal à une contractualisation à double vitesse.

Pour y remédier, la tentation sera grande aux établissements en difficulté (ou tout simplement et de manière plus prosaïque à la recherche de financements supplémentaires) de promouvoir une réussite factice au prix d’un abaissement des exigences et des ambitions. Une fois de plus la regrettable confusion entre démocratisation et massification sera opérée, les aspects comptables quantitatifs l’emportant par nécessité sur les préoccupations qualitatives de l’enseignement dispensé.

L’autonomie n’est surtout pas une mesure neutre. Elle n’est pas à confondre avec la liberté pédagogique qui existe déjà et donne bien des possibilités d’action pour qui veut l’utiliser à bon escient. L’autonomie se situe au cœur même de l’idéologie néolibérale. Elle génère de manière quasi mécanique le corollaire du libéralisme : un accroissement significatif des inégalités instaurant une « école à deux vitesses ». Dénonçons le vrai visage de l’autonomie, redoutable miroir aux alouettes à la fois moyen et finalité de l’entreprise de destruction de l’Ecole de la République. Elle n’est pas la solution, mais bien une cause et un symptôme du problème.

François COCQ est Secrétaire national à l’éducation du Parti de Gauche

Francis DASPE est Secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée

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